[Punk Pop] Green Day - Dookie (1994) [MP3-320]

Détails

Télécharger Télécharger le torrent
Seeders 3 Leechers 0 Complétés 29
Informations Voir les informations
Fichiers 15 - Voir les fichiers

Télécharger

Green Day
Dookie (1994)


MP3 (320 Kbs)
posté aussi en FLAC (16 bit)

18030705182317029315600735.jpg


Ws5lJ8Y.jpg

Le trio californien de Green Day représente le renouveau du punk des années 90, ainsi qu’un des meilleurs vendeurs de disques, notamment grâce à l’emblématique Dookie, puis American Idiot, qui leur a permis de conquérir une nouvelle génération de fans.

Amis depuis l’âge de 10 ans, Billie Joe Armstrong et Mike Dimt grandissent ensemble à Rodeo, en Californie. A 14 ans, ils montent leur premier groupe, Sweet Children.

Ils n’ont que 17 ans quand ils enregistrent pour la première fois sous le nom de Green Day. Ils signent avec le label punk Lookout et sortent l’EP 1.000 Hours en 1989, avec John Kiffmeyer (batteur) L’année suivante, le groupe enregistre son premier album, 39/Smooth, en une journée. Deux EP plus tard, Tre Cool remplace Kiffmeyer à la batterie. Le groupe commence à trouver son public au sein de la scène alternative de Berkeley.

Green Day signe ensuite avec la major Reprise, et quand Dookie sort, en 1994, c’est comme une révélation : la nouvelle génération punk est en marche. Avec l’énorme single Basket Case. Dookie se classe quatrième dans les charts, et il s’en vendra 10 millions d’exemplaires dans le monde.

Entre 1995 et 2000, Green Day n’atteindra plus jamais les mêmes sommets. Insomniac, en 1995, puis Nimrod en 1997, avec le single Good Riddance (Time of Your Life), s’avèrent relativement décevants aux yeux du public. En 2000, le groupe ouvre ses horizons artistiques avec Warning, légèrement teinté de folk, et plus introspectif. Mais mis à part son single Minority, l’album n’est pas non plus un succès. Difficile de rivaliser avec la déferlante Dookie. Green Day sort un best-of en 2001, et une compilation de faces B en 2002.

Autant dire que les années 2000 semblaient bien annoncer le déclin de Green Day, à l’image de leurs ventes d’album. En 2004, American Idiot a largement démontré le contraire. L’ « opéra-punk » engagé est un succès magistral, tant auprès du public, avec 12 millions d’exemplaires vendus dans le monde, que de la critique, qui y voit un chef d’œuvre du rock. Green Day rafle les récompenses, et les cinq singles sont alors incontournables : Wake Me Up When September Ends, Holiday, Jesus of Suburbia, et surtout Boulevard of Broken Dreams.

Après une tournée plus qu’intense, Green Day enregistre une reprises des Skids, The Saints Are Coming, aux côtés de John Lennon sur le plateau d’American Idol, et apparaît dans The Simpson Movie.

Deux ans plus tard, le trio sort un nouvel album très attendu, 21st Century Breakdown, précédé du single Know Your Enemy. En trois actes, ce nouvel opéra-rock est même encore plus ambitieux qu’American Idiot. Green Day fait d’ailleurs appel à Butch Vig, producteur de Garbage, entre autres…

En 2010, le groupe participe à une adaptation en comédie musicale de l’emblématique American Idiot, jouée à Broadway à partir du mois de mars.


Wikipedia en a des choses à dire

Genre : Punk Pop / Rock Alternatif
Origine : Anaheim, Californie (USA)

18030705182417029315600736.jpg

18030705182317029315600734.jpg

line-up :
Billie Joe Armstrong : guitare, chant
Mike Dirnt : basse, chant
Tré Cool : batterie, chant




bymlFg3.jpg

L'album évoque essentiellement les expériences passées des membres du groupe. Basket Case, l'un des plus gros succès de Green Day, évoque les attaques de panique de Billie Joe Armstrong et le sentiment qu'il avait de devenir fou avant qu'on lui diagnostique ce trouble anxieux. Longview traite de l'ennui et a attiré l'attention par ses allusions ouvertes à la masturbation. Mike Dirnt affirme avoir composé sa ligne de basse une nuit où il était sous l'influence du LSD et les portions dont il se rappelait le lendemain figurent sur le morceau.

Le titre de l'album est un mot d'argot américain pour désigner la matière fécale et fait référence au fait que les membres du groupe souffraient souvent de diarrhée, qu'ils appelaient liquid dookie, quand ils étaient en tournée en raison de leur mauvaise alimentation. Le groupe voulait tout d'abord nommer l'album Liquid Dookie avant d'estimer que c'était trop grossier.


Critique de l'Album


Les années 90 auront vu une recrudescence de la montée en force de la musique rock alternative, que ce soit le Grunge, le Néo Métal ou le Punk. C’est ce dernier courant qui nous intéresse ici, et s’il est vrai que le groupe de Kurt Cobain remportait tous les suffrages en débuts de décennie, d’autres formations ont connu un succès international. Si c’est le cas avec Green Day, il faut bien avouer que rien ne laisser présager, même pas pour eux, l’impact que leur troisième album allait avoir sur le monde musical comme sur leur carrière. Si Kerplunk, leur deuxième LP, avait trouvé son public et avait réussi à générer une belle quantité de vente pour le style, ce n’était pas pour autant que le groupe se destiné à la carrière qu’on leur connaît. Mais ce fut le tremplin nécessaire qui leur permit de quitter le milieu underground pour se frotter au circuit mainstream. Bien évidement ça ne fit pas que du bien à leur image mais il faut savoir prendre des risques pour aller plus loin.

Fraîchement signé sur le label Reprise, le groupe enregistre, en trois semaines, l’album qui les propulsera au rang de valeur sur du Punk. Quand je disais que rien n’était prémédité, il n’y a qu’à se reporter à la pochette de cet album pour s’en convaincre. Ce dessin très désordonné et portant fièrement le nom de Dookie (dont je vous passerai ici la traduction, la couverture de l’album étant assez explicite à ce sujet), pas forcément très vendeur ! Mais c’est bien la musique qui réussi à générer le succès de l’album. Le turbulent trio ne semble suivre qu’une seule règle à savoir faire simple et efficace, et ça leur réussi bien. La meilleure illustration de cet état d’esprit est bien évidemment le hit Basket Case, chanson que tout le monde connaît tant elle a était matraqué sur tous les médias. Mais c’est avant tout la qualité de cette chanson qui en a fait un hit, car derrière la simplicité et l’imagerie volontairement décalée de cette chanson on trouve surtout une efficacité sans faille et une mélodie tout de suite mémorisable. Et, pour notre plus grand plaisir, l’intégralité de l’album est de cette trempe, du morceau d’ouverture (le bien nommé Burnout) jusqu’au morceau acoustique caché (All By Myslef), les californiens nous abreuvent de titres rigolards et entraînants. Cela pourrait justifier le succès du groupe mais il y a un point qu’il ne faut absolument pas négliger dans ce domaine : les textes. Car là où le groupe a aussi bien réussi son coup, c’est en faisant se sorte de devenir la voix des questionnements et manies de ses fans. Mais au lieu d’aborder ces sujets de façon négative comme la scène grunge, il a eu l’excellente idée d’y injecter une grosse dose d’humour.

Ce disque est important car si il a permis de lancer Green Day dans les hautes sphères, il a surtout permis de remettre le punk sur l’avant de la scène. Comme pour la scène Thrash des années 80, la scène punk des années 90 compte ses groupes emblématiques sans lesquels beaucoup de formations n’auraient pas vu le jour. C’est donc au côté des Rancid, Bad Religion, No Fx et Offspring que le groupe a œuvré pour remettre en avant le genre.

14 ans après sa sortie, Dookie est toujours aussi frais et efficace qu’à ses débuts. Ce savant mélange de mélodies et d’énergie fait encore des merveilles aujourd’hui. Gentiment punk et furieusement punk, la musique du trio ne manque ni de mordant ni d’attrait. Ce disque est un vrai bain de jouvence qui permet de se ramener à son adolescence pendant quelques minutes ce qui n’est pas désagréable. Pour tous les amateurs de ce courant musicale c’est une acquisition obligatoire.


"plusieurs avis valent mieux qu'un"
En 1993, le nom de Green Day circule partout dans les clubs de la Bay Area. On parle de ce groupe de gamins d’à peine 20 ans dont le patronyme rigolo évoque l’herbe qu’ils consomment assidûment, de leurs pop-punk acidulée à mille lieues du hardcore ambiant, de leur dégaine de slackers californiens. Au 924 Gilman Street, haut lieu de la mouvance punk de Berkeley qui a tant nourri la culture du trio, des grappes d’adolescentes se pressent à leurs concerts sous les yeux réprobateurs de la population locale, obstinée à appliquer les préceptes du marxisme à la musique. Leurs deux premiers albums sortis sur Lookout! (39/Smooth, 1990 et Kerplunk, 1992) s’écoulent de plus en plus frénétiquement pour atteindre jusqu’à 20 000 exemplaires vendus pour la seule année 1992. Du jamais vu pour le petit label indépendant de Larry Livermore, quand il lui avait fallu attendre une année complète pour que les ventes du disque de son groupe phare Operation Ivy (la culte formation ska-punk que sabordera peu de temps après Tim Armstrong pour fonder Rancid) avoisinent les 2000 unités. La planète rock vit encore sur l’onde de choc de Nevermind, et les majors gardent logiquement un œil rivé sur le vivier indépendant pour en extraire les plus gros poissons. Plusieurs d’entre elles se pressent au chevet du trio. Le groupe ne met pas longtemps à choisir entre ses préceptes underground et les monts et merveilles qu’on leur tend sur un plateau. Billie Joe a quitté le lycée avant d’avoir eu son bac, Mike Dirnt n’a aucune envie que sa mère continue de vivre dans une caravane. Tous ont conscience qu’il ne faut pas laisser passer le train, et tant pis pour les puristes qui ne les ont jamais véritablement encadrés. Warner remporte finalement la mise.

Le combo enregistre rapidement une démo qui traine sur tous les bureaux des directeurs artistiques de la major, mais les morceaux sont loins de déclencher l’enthousiasme. En pleine ère du grunge triomphant, ces titres insouciants qui amalgament Ramones et Beach Boys indiffèrent, la voix d’éternel ado d’Armstrong crispe. La cassette atterrit par voies détournées dans l’auto-radio d’un des producteurs maison, Rob Cavallo, qui vivote de médiocres projets en collaborations avortées. Fan des Beatles depuis son plus jeune âge, il flaire immédiatement l’incroyable potentiel mélodique de ces jeunes frappes et fait le pied de grue devant ses responsables pour les rencontrer. Le groupe lui joue l’intégralité de l’album dans le salon de son squat à Oakland (celui-là même qui sera filmé dans le clip "Longview"). Scotché sur le canapé, Cavallo écoute bouche bée. Les compères font tourner les joints, improvisent un bœuf sur les chansons des Fab Four. La collaboration est scellée le soir même.

Travailler pour le compte d’une major s’accompagne de son lot de pressions, d’impératifs et de compromis difficiles à gérer, mais procure également un certain confort. Green Day n’avait disposé que de trois jours pour mettre en boîte Kerplunk. Il a aujourd’hui tout le loisir de peaufiner ses titres. Soucieux de l’enjeu, Billie Joe et ses troupes se plongent à corps perdu dans le labeur. Le disque doit proposer ce qu’ils peuvent fournir de meilleur, car tous savent qu’on ne leur donnera pas de seconde chance. Une certaine tension règne dans le studio, mais Cavallo la déjoue en emmenant ses protégés dans le bar mexicain local pour de joyeuses beuveries. Avoir un adulte dans ses rangs peut s’avérer pratique quand on n’a pas l’âge légal de s’acheter de l’alcool. Le travail de producteur de Cavallo porte rapidement ses fruits : tout en s’inscrivant dans la continuité de ses premiers disques qui avaient forgé son identité, Green Day brille de tous ses feux. Il suffit de comparer "Welcome To Paradise" figurant sur Kerplunk avec la version actuelle pour s’en convaincre. Fidèle à Joe Strummer lors de l’enregistrement du premier album des Clash, Armstrong dédaigne les guitares flambant neuves qu’on lui propose. Il ne jouera qu’avec son instrument préféré, une imitation Fender obtenue au prix de multiples tractations menées auprès de ses parents, une Fernandez Stratocaster bleue qu’il a bardé de stickers et affectueusement surnommé Blue. Le son si caractéristique de Green Day n’est au fond que cela : une déferlante de power chords à la quinte administrées à la façon des Ramones sur la bien-aimée Blue, reliée à un ampli Marshall. La rugosité du punk emballé dans de petits nœuds roses. Les deux autres comparses participent également au succès de l’entreprise, car Green Day s’inscrit dans la continuité des power trio, celle où chaque membre pousse un peu plus haut ses collègues dans une harmonie constante. La basse de Mike Dirnt colore indéniablement l’ensemble, elle trotte d’un pas nonchalant sur "Longview" comme les baskets d’un gamin sur le trottoir de sa banlieue ou rumine comme une âme meurtrie sur l’ouverture de "She". Batteur surexcité, Tré Cool catapulte l’affaire de toute sa fougue juvénile, arrosant ses fûts de moulinets continus (la conclusion cataclysmique de "Chump", les breaks fulgurants de "Having A Blast" et "Welcome To Paradise"). Si le disque accroche l’oreille dès les premières mesures de "Burnout", c’est à son énergie débordante qu’on le doit.

Mixées à Los Angeles fin 1993, les bandes sont rapidement remises aux dirigeants de Warner. Lesquels se frottent les mains. Voilà une poignée de titres qui n’auront aucune peine à trouver preneur. Certes, Nirvana mène les débats à l’époque, mais son succès n’est qu’une aberration dans le ciel sans nuage de l’industrie du disque, une exception qui se résorbera avec sa disparition. Pour ces gens-là, Kurt Cobain, partagé entre l’envie de plaire au plus grand nombre et le dégoût d’y parvenir si bien, était une plaie à gérer pour assurer le train-train promotionnel. Garçon timide et moins travaillé par cette foutue punk rock guilt, Armstrong est un interlocuteur plus malléable. Surtout, ses chansons narrant le quotidien des adolescents de banlieue sont susceptibles de trouver un public immédiat et concerné, là où la musique de Nirvana est basée sur un monceau de souffrances dont on ne sait finalement rien de son objet ni de son destinataire. Mais Green Day entend faire les choses à sa manière. Quand vient l’heure de réaliser la pochette, le groupe refuse l’aréopage de photographes de renom qu’on leur présente pour s’adjoindre les services d’un dessinateur griffonnant pour un fanzine local, Richie Bucher. Une seule consigne lui est donnée : "Fais-nous quelque chose à partir de la merde". Bucher confectionne une espèce de Sgt Pepper’s scato, une explosion fécale recouvrant une ville imaginaire (on distingue en arrière-plan les cheminées des raffineries de pétrole de Rodeo, banlieue originaire de Bille Joe) en proie à un affrontement entre des chiens et des singes se balançant leurs excréments autour d’un Dookie (caca de chien en argot américain) s’étalant en toutes lettres dans une déflagration d’étrons. Les symboles s’y accumulent en vrac : Patty Smith avec d’énormes poils sous les aisselles, Sid Vicious, un Elvis obèse, l’apparition hantant la pochette du premier Black Sabbath, le leader des Black Panters croupissant dans une geôle…

Ce goût prononcé pour l’humour potache ne doit cependant pas occulter l’exceptionnelle qualité du disque, étalant 14 pop songs maturées sous le soleil californien et propulsées par la hargne corrosive du punk, point de rencontre idéal entre l’énergie analphabète des Ramones, l’indolence des Beach Boys et la déréliction latente de la Generation X. A partir d’un canevas inamovible et strictement limité à nombre d’accords se comptant sur les doigts d’une main amputée ("Having A Blast", "Chump", "Welcome To Paradise" et "Sassafras Roots" semblent bâties sur le même riff), Green Day dégoupille d’authentiques joyaux mélodiques, aussi amers sur le fond qu’enjoués et railleurs sur la forme. On y trouve une brochette apparemment inépuisable de singles ("Longview", "Basket Case", "Welcome To Paradise"), des ballades potentielles refusant la mélancolie ("She", "When I Come Around"), des rodéos expéditifs filant à la vitesse d’un skate sur une borne de grind ("Coming Clean", "In The End"). Une véritable collection d’instantanés de l’adolescence qui s’offre corps et âme à la première écoute mais dont les charmes refusent de s’effacer avec le poids des années.

Bénéficiant d’un bouche-à-oreille grandissant glané au cours d’une tournée commune avec Bad Religion, Dookie fait un carton dès sa mise sur le marché le 1er février 1994 en prenant d’office la tête du Billboard. Pris de court par un succès dont il n’avait pas prophétisé l’ampleur, Warner voit les listes d’attente et les ruptures de stock se multiplier, et s’attèle bien vite à represser de nouveaux exemplaires. Les ventes ne cessent de grimper jusqu’à ce jour d’août où le groupe est convié aux 25 ans de Woodstock. Dans une ambiance électrique, Billie Joe harangue la foule, piétine les fleurs disposées près de la scène et le concert dégénère rapidement à la bagarre générale. On envoie des mottes de terre à la face des musiciens qui, loin de se démonter, encouragent le lynchage. Dans la cohue, Mike Dirnt se heurte à la sécurité et y laisse deux dents. Le trio finit sa prestation dans la boue et la merde. Dookie s’étale alors en prime time devant les yeux écarquillés des teenagers du monde entier et l’album, soutenu par les radios et MTV puisant dans ses singles comme les apôtres dévorèrent le pain béni au moment de l’eucharistie, atteint le disque de diamant (10 million de copies, on avoisine les 15 aujourd’hui).

La presse approuve globalement, même si certaines plumes, comme chez Entertainment Weekly, y vont de leurs commentaires assassins : "Appelez ça "Anarchy 90210". Le punk rock du temps jadis a peut-être été la propriété de mouvements glauques souterrains, des surfeurs d’Orange County, de voyous britanniques issus d’un régime totalitaire, mais aujourd’hui, le club Clearasil est en train d’apprendre à pogotter". Proposer un disque de rock frais et décomplexé à une nouvelle génération d’auditeurs passe mal auprès d’une certaine frange du public quand on ne vient pas du bon sérail, et Green Day se cogne un méchant délit de sale gueule, le même qui sera adressé aux Strokes sept ans plus tard pour mise sur le marché de rock bobo-isé. Il est clair que la scène punk californienne goûte peu au teen spirit répandu par le combo, elle qui l’avait de toute façon excommunié dès sa signature sur Warner. Partout sur la planète, on ricane et on montre les crocs dès que les mots Green Day et punk se mettent à cohabiter dans la même phrase. Qualifier de punk ces crétins vulgaires ? Ces traînées qui font le trottoir de MTV ? Johnny Rotten lui-même monte au créneau pour postillonner un torrent d’insultes sur ses rejetons illégitimes. Or, ce procès en Inquisition ne tient pas debout quand on examine les deux principaux rejets sur lesquels il s’appuie.

On conteste tout d’abord Green Day sur la forme, qui n’aurait gardé du punk que ses éléments basiques (les trois accords, le rythme frénétique et le standard des 2 minutes 30) pour les prostituer sur des mélodies accrocheuses. Derrière un punk d’opérette, le trio de Berkeley refourguerait de la pop facile, vidée de sa substance contestataire, prête à se faire digérer par le marché et à inonder les ondes. On s’excuse, mais "Ever Fallen In Love" ou "I Wanna Be Sedated" c’est quoi ? Que faisaient les Ramones à part tenter d’écrire des pop songs avec une économie maximale de moyens ? Si Green Day était resté sur Lookout!, il serait devenu un groupe culte, vénéré par 100 amateurs nostalgiques, il n’embêterait personne. Mais son crime a été de signer sur une major, un argument qui ne tient pas une seconde quand on rappelle que les Buzzcoks et les Sex Pistols étaient chez EMI, les Clash chez Columbia, les Ramones chez Warner (par le biais du label Sire). Quand au matraquage de MTV, Green Day n’a fait qu’utiliser les médias que lui offraient le monde contemporain (Armstrong a même refusé qu’un clip de "Welcome To Paradise" soit filmé, ne voulant pas exploiter une chanson retraçant un épisode révolu de sa vie). On peut le faire sans compromettre sa musique, à l’image des Clash assurant la première partie des Who au Shae Stadium le poing levé.

Ce dénigrement musical se double d’un rejet politique et sociétal, voilà véritablement le cœur du problème : Green Day s’emparerait de la contestation propre au punk pour en faire un fallacieux sceau de rebellitude. D’abord, il n’est pas prouvé que la contestation politique soit une composante obligatoire du mouvement (la conscience politique des Ramones était proche du néant, Johnny était un républicain convaincu mais c’était loin de transparaître dans les textes), et ensuite, Green Day ne conteste pas (il jouera sur ce terrain à partir d’American Idiot et ça n’est ce qu’il fera de mieux), il observe et raconte. Les intégristes de la Bay Area pensent encore vivre sous l’ère Reagan. Mais on vit sous Clinton et la vie semble un peu plus facile. Il ne fait toujours pas bon d’être un marginal ou un perdant en Amérique, mais on est loin du prolétariat anglais subissant le régime de Thatcher. Billie Joe ne fait que raconter sa vie de gamin de banlieue, issu de la middle class, loin de rouler sur l’or, mais qui a toujours pu manger à sa faim. Green Day s’adresse au plus grand nombre parce que, justement, il ne provient pas des franges obscures de la population du continent. Il n’a pas d’histoire misérabiliste à offrir, juste le récit d’un gamin terrifié par le quartier pour lequel il a délaissé le cocon familial, mais qui goûte avec ivresse à l’indépendance ("Welcome To Paradise"). A travers Green Day, c’est en fait son public que les puristes maudissent : ces kids fortement dépolitisés, imperméables à toute idéologie, apparemment heureux de leur existence au sein de la société de consommation comme des moutons ignorants de leur sort. Storyteller ultra-doué, Armstrong confectionne des textes retors, pétris de second degré, d’ironie et de remarquables fulgurances. Sous ses atours joviaux, Dookie est un disque qui ne parle que d’apathie, celle d’une génération qui a en surface tout ce que le confort moderne peut offrir mais qui est travaillée par des pulsions meurtrières ("Having A Blast", "F.O.D."), se morfond dans le néant télévisuel que la masturbation ne parvient même plus à égayer ("Longview"), est en proie à la confusion sexuelle ("Coming Clean") et développe des névroses aigues ("Basket Case"). Il y a manifestement quelque chose de pourri dans l’apparente insouciance qu’affiche la jeunesse du pays de l’Oncle Sam, et Green Day met le doigt juste là où ça fait mal, conscient que le seul rôle qu’on lui permet de jouer est celui de consommateur perpétuel. "As-tu déjà eu l’impression d’être un outil social inutilisé ?" demande Billie Joe sur "She". Dans le même registre, on trouve sur "Sassafras Roots" : "Je suis un perdant comme toi/Avec rien d’autre à faire/Est-ce qu’on peut perdre notre temps ensemble ?" Plus de dix ans à l’avance, il annonce Facebook, les heures passées à intégrer des groupes du type Je ne rabaisse pas la lunette des toilettes après avoir pissé, le néant de vies démultipliées à l’heure de la globalisation des réseaux communautaires.

Il semble qu’on ne puisse pas parler de l’impact de Dookie sans le mettre sans cesse en miroir avec Nevermind. Il est plutôt de coutume d’opposer Green Day à The Offspring qui explose dans les charts la même année avec Smash. La rivalité est réelle (les deux groupes se détestent cordialement), mais il y a finalement très peu de choses en commun entre ces deux combos. Le punk d’Offspring entretient une relation ambivalente avec le metal et le grunge, ne parle globalement que de bagnole et de skate, dévoile un songwriting proche du néant. La banlieue de Berkeley et Orange County, pourtant si proches géographiquement, semblent appartenir à deux continents séparés musicalement. C’est presque malgré lui que le trio californien succède à celui de Seattle. La souffrance, le malaise, le désespoir sont aussi les grands thèmes abordés par Kurt Cobain. Mais ses textes étaient si opaques, si morbides qu’il était bien difficile de s’y projeter. Green Day le faisait de façon plus littérale mais avec talent et authenticité, en parlant à hauteur d’homme aux adolescents, droit dans les yeux, sans les maintenir dans une espèce de vision idéalisée et mensongère de la vie de groupe (les amis, la baise, les beuveries) comme le feront Blink 182 et Sum 41 à leur suite, véritables idiots utiles du système et qui périront de leur juste mort. En jouant sur le registre de l’atonie plutôt que celui de la dépression et en dissimulant le propos sous une musique si enjouée et (trop ?) facile d’accès, le groupe se condamnera à l’incompréhension d’une certaine partie du public et même de ses fans. Pourtant, Dookie est indubitablement un disque qui parle aux kids, même si certains ne l’appréhendent que de façon instinctive. Ce sont pratiquement les mêmes teenagers qui pleureront le Christ grunge en avril et qui porteront le disque au sommet des charts quelques semaines plus tard. Comment un public est-il passé si abruptement de rien à foutre à caca ? Parce que ce sont deux façons de dire merde haut et fort, une bonne fois pour toutes. Un beau sujet que le rock’n’roll n’a pas fini d’explorer.



une petite idée, alors Youtube est votre ami :




YEU1vqt.jpg

Format : MP3 (320 Kbs)
durée totale : 39 mn 11 s

présence pochette & livret : non

les titres de l'album :
1. Burnout
2. Having A Blast
3. Chump
4. Longview
5. Welcome To Paradise
6. Pulling Teeth
7. Basket Case
8. She
9. Sassafras Roots
10. When I Come Around
11. Coming Clean
12. Emenius Sleepus
13. In The End
14. F.O.D.



4Rl3pip.jpg

Hébergeur : seedbox
Nombre de fichiers : 14

Total du post : 90 Mo



les autres uploads du druide
en cliquant sur le bouton

OIcmKZU.jpg

-----------------------------------------------



17112206375917029315381855.jpg


Commentaires

Derniers commentaires

Aucun commentaire à afficher